Les ChrEsLuTiMis
 
 

Nous lisons des contes venant d'Amérique du Sud. En voici 2, tirés du livre de Bernard Giraudeau, les contes d'Humahuaca.

La fête à Humahuaca
 
AUJOURD'HUI, C'EST LA FÊTE À HUMAHUACA, un petit village des
Andes. Tous les enfants ont mis leurs très beaux habits rouge,
bleu, vert et leurs bonnets à oreillettes. Beaucoup sont venus de
très loin dans de vieux camions à bestiaux qui toussent très fort à
cause de l'altitude. Les jours de fête, le papa de Pablo et Dolorès
a l'habitude de raconter des histoires à tous les enfants du pays
qui sont assis en cercle autour de lui. C'est le conteur de la
Quebrada d'Humahuaca. Il fait voler son poncho comme un
grand oiseau de bon augure, tout à coup s'arrête, fait un signe à
un homme qui frappe sur son tambour et demande aux enfants :
« Quel est ce coeur qui bat ? »
Silence.
« C'est le tambour qui a mal. Les tambours sont fabriqués avec
des peaux de chèvre et quand on leur tape dessus, les anciens
affirment que c'est le coeur de l'animal qui se plaint.
Et le Charango ? Connaissez-vous son histoire ?
- Non», répondent les enfants.
Bien sûr, tout le monde connaît son histoire,
mais les enfants savent si bien mentir et le
papa de Pablo et Dolorès connaît si bien
les enfants.
«Alors je vous la raconte. Une belle
araignée avait tissé sa toile dans la
carapace vide d'un tatou. Une feuille
agitée par le vent effleurait les fils. La
musique était si belle que le vieux berger
qui gardait ses lamas revenait chaque jour
pour l'écouter. Quand le vent n'agitait plus la
feuille, il regardait l'araignée danser sur les fils. Un jour,
elle disparut. Le berger s'empara de la carapace et caressa les fils
fragiles. La musique était douce. Il voulut jouer plus fort mais
rompit la toile. Il resta seul dans le silence. La musique lui manquait.
Il ne pouvait vivre sans elle. Alors, il tendit des fils de soie
très fins et très solides au travers de la carapace et c'est ainsi que
le Charango est né. C'est une histoire que le vent m'a racontée, je
suis très ami avec le vent, c'est lui qui a inventé la musique et les
hommes n'ont fait que l'imiter. C'est ce qu'a fait un jour le sorcier
des roseaux, le fou du vent. »
Le poncho du conteur vole et balaie la poussière.
« Un jour, il y a très longtemps, au
bord du lac Titicaca, très haut dans
les Andes, où seuls poussent des
roseaux, un lac sans arbres, un lac
près duquel vivent quelques Indiens,
un jour donc, un jour de grand froid,
un homme revenait chez lui avec sur
l'épaule un énorme fagot de roseaux
sèches. Il longeait les rives glacées du lac
Titicaca, quand soudain le vent se leva, sec
et piquant. Immédiatement, il entendit
une musique, comme un souffle.
Il se retourna pour écouter et pour voir d'où
elle venait. La musique avait disparu. "C'est
étrange", se dit-il tout seul au bord du lac Titicaca.
Il se remit à marcher et la musique de nouveau se fit entendre,
mais cette fois, il ne s'arrêta pas et continua son chemin. Il comprit
qu'il n'entendait la musique que lorsqu'il marchait et qu'il
était dans le sens du vent.
Cette musique était si proche qu'elle semblait venir de son
épaule. C'était une mélodie plaintive à l'intérieur du fagot. Il se
mit à danser pour se réchauffer les pieds et les mélodies changèrent.
Il y avait plusieurs sons, comme plusieurs flûtes, mais il ne
savait pas que c'étaient des flûtes car personne encore n'avait
inventé la flûte. Il aimait cette musique. Il dansa tout le long de
son chemin. Il paraissait fou. Heureusement, il était seul au bord
du lac Titicaca ce jour de grand froid. Il se promit une fois arrivé
à la maison de chercher qui, dans ce fagot, s'était caché pour jouer
une si jolie musique. Il avait bien entendu celle du vent dans les
herbes, sous la porte de la maison, mais celle-ci était autrement
plus belle.
Arrivé dans sa cabane, il posa le fagot à terre, le délia, regarda
soigneusement partout et ne vit rien ni personne, que les roseaux
secs. La musique avait disparu avec le vent. Il fit du feu, se
réchauffa un peu et décida de réfléchir à ce mystère. Il prit un
roseau et le regarda longuement. Le roseau était creux, il se dit
que le vent peut-être... Il resta ainsi dix jours et dix nuits à
contempler ce fagot.
La musique lui manquait. Le vent d'hiver n'était qu'une
plainte, un cri de détresse. Ce qu'il avait entendu était doux et
chaud. La dixième nuit, il attacha des roseaux de longueurs différentes
et sortit de sa cabane. Le vent était tombé, alors il courut
dans tous les sens avec son petit fagot bien haut. Tous les gens
pensèrent qu'il était devenu fou. Mais la musique revint comme
une amie. Il s'arrêta et remplaça le vent, il souffla doucement et
l'amie se fit entendre de nouveau. C'est comme ça qu'une nuit,
un homme, au bord du lac Titicaca, avec la complicité du vent
dans les roseaux, inventa la flûte des Andes. C'est lui, le sorcier
des roseaux, le fou du vent, et c'est lui qui nous fait chanter quand
on est triste ou gai.
- Pourquoi tu pleures, roseau ?
-C'est le vent qui chante au bord de l'eau.
- Pourquoi tu pleures, roseau ?
— C'est le fou qui souffle dans mon tuyau.
-Où étais-tu, roseau ? Je m'ennuyais sans toi au bord de l'eau.
Pourquoi ris-tu maintenant ?
— C'est le vent qui chante pour les enfants.
Qui es-tu, pour parler aux roseaux ?
-Je suis le fou du vent, le sorcier des oiseaux. »
Je vous ai dit, chers amis, que le papa de Pablo et Dolorès était
conteur. C'est aussi un père qui aime emmener ses enfants dans
la montagne, leur faire un feu le soir et, bien entendu, leur raconter
des histoires. Après la fête d'Humahuaca, ils décident de
rejoindre tout là-haut un abri de berger près du petit lac des
nuages. Pablo et Dolorès sont sur leur petit âne gris. Ils traversent
le Rio Azul qui borde une vallée de cactus en fleur. Le conteur
s'arrête un instant.
« Savez-vous pourquoi les cactus ont des épines et pourquoi ils
sont si malheureux ?
-Non, répondirent les enfants.
-À l'origine, les cactus n'avaient pas d'épines et poussaient partout
sur la terre. Au printemps, ils se paraient de très belles fleurs
jaunes et blanches, et tout le monde pouvait les approcher sans se
blesser. Les cactus étaient très heureux et très aimés mais les
hommes se mirent à cueillir ces fleurs magnifiques, laissant les
cactus tout nus et sans parure. Pour les protéger, la nature leur
donna de nombreuses épines et à partir de ce jour, personne ne
put les approcher. Comme les cactus ne peuvent pas vivre sans
amour, c'est bien connu, pour se faire la cour, ils se firent pousser
des fleurs encore plus belles entre leurs épines. Mais les hommes
qui veulent toujours tout, et surtout ce qu'ils n'ont pas, leur jetèrent
des pierres pour faire tomber les fleurs. Alors les cactus se
réfugièrent dans les endroits déserts, là où les hommes sont si
rares, dans la Quebrada d'Humahuaca, ici, près du Rio Azul, où
ils fleurissent tous ensemble pour les pierres, le soleil, les lamas,
les tatous et aussi les petits lapins. »


 

Trucha gris voulait voir la mer

 Montés sur le petit âne gris, Pablo et Dolorès redescendent
vers la vallée.
En traversant le Rio Azul, un reflet argenté suivi d'un petit
remous attire l'attention des enfants.
«Y a-t-il des truites dans le Rio Azul? demande Pablo.
- Il y en avait une très vieille, répond le papa conteur. Autrefois elle
habitait le lac d'Aparzo, tout en haut de la montagne. Un jour, elle a
voulu rejoindre le Rio Azul ! Elle voulait voir la mer. Elle s'appelait
Trucha Gris. C'était une amie de Gougou et de la grenouille Nénette.
Moi seul connais son histoire.
Ce matin-là, comme tous les matins, Gougou était venu retrouver
la grenouille Nénette. Il ne la trouva pas et fit le tour du lac. Il
appelait doucement :
-Nénette, Nénette, entrecoupé de hi-han discrets, mais point
de Nénette.
-Nénette, hi-han, Nénette?
Très inquiet, il appela plus fort :
-Nénette, hi-han, Nénette? Nénette, hi-han, Nénette?
-Arrête, arrête, répondit l'écho.
Un peu triste, il se regarda dans l'eau du lac quand tout à coup,
le miroir se cassa et brisa son image. Un rayon d'argent transperça
la surface et une truite vint pointer son nez.
-Bonjour, je suis une truite, je m'appelle Trucha Gris. Je vis
dans l'eau du lac.
Gougou n'avait jamais rencontré de truite. Il répondit très poliment.
-Moi, je suis un âne, je m'appelle Gougou.
-Très heureuse. Pardonnez ma hardiesse, mais je cherchais un compagnon pour bavarder. Je m'ennuie un peu dans le lac.
J'aurais aimé voyager, naître dans une rivière, suivre les courants,
sauter dans les cascades et puis, un jour, descendre jusqu'à la
mer.
Quelques bulles crevèrent la surface. La truite remua deux fois
la queue.
-Parlez-moi de vous, cher Gougou, racontez-moi votre vie.
- Mais certainement, dit Gougou qui aimait bien parler de lui.
C'est un tout petit défaut chez Gougou.
-À propos, vous ne veniez pas pêcher par hasard?
-Oh non, pas du tout, j'ai horreur du poisson !
-Vraiment? Vous n'aimez pas le poisson?
-Non, je préfère l'herbe tendre qui pousse entre les
pierres, les petites baies, les épineux, mais pas le
poisson !
-Moi, j'adore ça, un petit ver par-ci, un moucheron
par-là, un moustique... hop! je gobe, et pour
finir, toujours un poisson.
-Non?
-Si!
-Vous mangez des poissons comme vous?
-Heu oui... mais des tout petits... je ne
suis pas très vorace.
Gougou regardait cette nouvelle amie
couverte d'or et d'argent, si belle, si élégante
dans l'eau claire. Il avait du mal
à imaginer qu'elle puisse dévorer d'autres truites, des bébés, des enfants truites, des soeurs en fait.
-Mais voyons, Trucha Gris, moi je ne mange pas des petits
ânes, c'est affreux.
-C'est comme ça, mon cher, la nature, la nature... Il y a
quelque chose, quelque chose que j'aime par-dessus tout.
-Ah oui? C'est quoi?
-C'est croquant, c'est frais, c'est vivant, mais très difficile à
attraper.
-Qu'est-ce que c'est?
-Vous aimez les devinettes, cher Gougou?
-Non, je ne suis pas doué.
- Devinez quand même ! Ça se termine par ouille !
-Ouille?
-Oui, ouille.
-Ouille, ouille, comme disait la cagouille. Cagouille?
-Non.
-Si ce n'est pas cagouille, je bredouille.
-Alors, c'est...?
-J'ai le cerveau qui bafouille, ça gargouille de trouille.
-Je vais vous aider, cher Gougou, je rajoute une lettre : n, ça fait
nouille.
-Mais qu'est-ce que c'est ça, nouille, nouille... c'est pas grenouille
tout de même ?
-Ouiii!
- Oh non !
-Oh si!
-Vous ne mangez pas de grenouilles, c'est épouvantable !
-Oh non, cher Gougou, ne dites pas cela. Il faut essayer avant
de dire je n'aime pas, il faut essayer !
Gougou hurlait :
- Nénette, Nénette !
-Arrête, arrête ! répondit l'écho.
Il se tourna affolé vers Trucha Gris. Son coeur battait
très fort, il était au bord des larmes.
-Vous avez mangé Nénette?
- Mais quelle est cette Nénette-là ?
-C'est une amie verte à pois rouges
qui a une voix très agaçante et qui
chante très mal. Ma Nénette ? Nénette !
-Calmez-vous, ces cris sont franchement
vulgaires. Je ne dévore pas
toutes les grenouilles du lac même
» si je déteste leurs coâ-coâ du soir.
Gougou était effondré, il
n'avait pas vu Nénette aujourd'hui
et il était persuadé que Trucha Gris
l'avait croquée.
-Avez-vous mangé une grenouille
ce matin, oui ou non ?
-Non.
-Cette nuit?
-Non plus.
-Hier soir alors, à l'heure du
coâ-coâ ?
- Décrivez-la-moi.
-Je vous l'ai dit, elle est verte à pois rouges, elle est toute nue,
elle n'a pas d'oreilles, elle n'a pas de poils, elle n'a pas de queue,
elle a même une voix épouvantable. Elle est très laide !
-Et c'est votre amie?
-Oui!
-Votre Nénette est-elle intelligente au moins?
-Oh ! oui, oh, oui, elle est très intelligente !
-Alors il y a de l'espoir, cherchons-la! Votre Nénette est en
goguette. Celle que j'ai avalée hier soir était bleue avec des yeux
jaunes et de longues pattes noires, très musclées. Elle était très belle
mais très bête ! Elle a plongé sans regarder où elle allait se mouiller.
J'étais là, j'attendais, j'ai ouvert la gueule, et plouf! dans le panier du
carnassier. J'ai refermé, ses petites pattes gigotaient, c'était délicieux.
- Oh ! mais taisez-vous ! Taisez-vous ! Nénette ?
Une petite boule vert et rouge atterrit sur le cou de Gougou.
-Ah ! tu es là, ma Nénette !
-Bien sûr que je suis là. Je peux quand même jouer avec mes
copines. On faisait un concours. Celle qui resterait le plus longtemps
sous l'eau sans respirer. Mais qu'est-ce qui se passe ?
-Je voulais te présenter à une amie : Trucha Gris !
La truite fit trois tours dans l'eau et le rayon d'argent de nouveau
brisa la surface.
Nénette s'accrocha aux oreilles de Gougou.
-Assassin ! Assassin ! Tu veux me faire croquer par ce carnassier !
-C'est vrai qu'elle est laide !
-Assassin... !
-N'ayez pas peur, amie Nénette. Je suis vieille et il y a tant de
choses à manger dans le lac.
-J'ai pas confiance !
-Je vous promets de ne plus manger de grenouilles. Cela me
coûte, mais je vous le promets.
-Elle ment, Gougou, elle ment, c'est plus fort qu'elle. Elle
ne peut s'empêcher de croquer les grenouilles.
Hier soir, elle a mangé ma copine Supette !
Méchante !
-Vous me faites de la peine, Nénette.
-Nénette a raison, c'est très vilain ce que
vous faites ! Allons, si Trucha Gris ne tient
pas sa promesse, je boirai toute l'eau du lac
et elle crèvera, séchée au soleil, cette vieille
truite.
-Mon Dieu, épargnez-moi cette horreur !
Elle tint parole et tous les trois devinrent
de merveilleux amis. Des premiers rayons
du soleil aux coâ-coâ du soir, ils ne se
quittaient plus. Gougou surveillait les
pêcheurs et quand il en voyait un, il
prévenait Trucha Gris qui s'enfuyait
au fond du lac. Nénette se cachait
entre les herbes et Gougou broutait
comme si de rien n'était, l'air
un peu bête. Les ânes ont souvent cet air-là. C'est pour cela que l'on dit : "Bête comme un âne."
Mais vous savez maintenant que ce n'est pas vrai.
Les mois passaient et Trucha Gris vieillissait. Un jour qu'il faisait
si chaud sur le lac d'Aparzo, elle déclara à ses compagnons :
-J'aimerais tant connaître le courant frais d'une rivière tumultueuse.
Je suis vieille et avant de mourir, je voudrais nager dans le
Rio Azul et puis, un jour, aller voir la mer.
Ses deux amis auraient aimé lui faire plaisir mais comment
rejoindre le Rio Azul, en bas, dans la vallée? Gougou réfléchit et
regarda le ciel.
-Je connais quelqu'un qui pourrait nous aider, je ne sais pas
s'il sera d'accord, mais c'est la seule solution.
- De qui parles-tu ?
-D'un ami qui habite dans les nuages. Si je réussis, demain
peut-être, tu nageras dans le Rio Azul.
- Ce serait un miracle.
-Merci, cher Gougou si doux.
-Il faut bien s'entraider, chère Trucha.
-Moi aussi, j'aimerais beaucoup voir la mer, dit Nénette.
- Moi aussi.
Ils étaient si heureux qu'ils chantèrent jusqu'au soir.
Trucha-cha, Kiki, Coco, Gougou
Trucha-cha, Kiki, Coco, Gougou
On ira voir la mer, vieille Trucha, on ira voir la mer !
On ira voir la mer, vieille Trucha, on ira voir la mer !
Le lendemain à l'aube, Gougou revint sur les bords du lac où
l'attendaient Nénette et Trucha. Il était très essoufflé.
-C'est le grand voyage, Trucha, regagnez le milieu du lac et
tenez-vous prête. Allons, dépêchez-vous !
Ce qu'elle fit. Du ciel, on aurait pu voir un trait d'argent filer
comme l'éclair à la surface de l'eau. Gougou dansait de joie.
-Ah! Je suis tout excité, quelle aventure! La la la la... chère
Trucha tcha tcha.
- Et moi ? Je fais quoi, moi, hein ? Je tricote pendant ce temps ?
-Toi, tu viens sur mon dos, tu t'accroches à mes oreilles et on
file au grand galop entre les cactus jusqu'au Rio Azul. Trucha Gris
y sera déjà. Regarde !
Au-dessus de la montagne, portés par le vent, Kiki le Condor et
Coco le Pigeon volaient entre les nuages. Gougou était fasciné.
Kiki, comme les meilleurs pilotes de chasse, salua par deux fois,
puis vira largement au-dessus du lac pour repérer Trucha Gris. Il
resta suspendu le temps d'une respiration puis fonça sur elle.
Gougou et Nénette n'eurent que le temps de voir une gerbe
d'écume. Kiki était déjà remonté dans le ciel. Il
tenait la vieille truite dans ses serres.
-Tiens-toi bien, ma cocotte, je t'emmène
au paradis des poissons.
Jamais truite n'avait fait un tel voyage.
-Quelle merveille, cher grand condor, que cet
instant !
Avant de mourir, elle aura survolé le lac
d'Aparzo, les montagnes rouges de la Cordillère, le petit village d'Humahuaca, et bientôt, elle connaîtra la rivière de
ses rêves : le Rio Azul. Coco vole auprès d'eux.
-Alors, toi aussi, tu es partie de chez toi? Je m'appelle Coco,
Coco le Pigeon.
-Très heureuse ! Oui, je voulais voir la mer.
-Tu la verras, mamie, tu la verras.
Et Kiki chanta son refrain préféré : "Viens, je t'emmène en
voyage au-dessus des nuages, voir les oies sauvages... Le vent
raconte des histoires à tous les enfants qui ont peur le soir, etc."
Kiki passa au-dessus de l'école, celle de Pablo et Dolorès. Il
fonça droit vers la falaise bleue et visa une grande cascade. Il fit un
clin d'oeil à Trucha Gris.
-Heureuse, ma cocotte? Je m'appelle Kiki. Allez, salut ma
vieille.
Il ouvrit ses serres et Trucha Gris fit le plus beau plongeon de
sa vie. Record battu ! Folle de joie, elle tournoya dans l'écume.
Nénette et Gougou arrivèrent bientôt, épuisés par le galop d'enfer.
-Je n'ai pas eu le temps de remercier votre ami, il faudra le faire
pour moi ! dit Trucha.
- Où allons-nous ?
-Vers la mer.
-Je voudrais faire de la plongée et nager avec vous, dit Gougou.
-Nous t'apprendrons.
-Oui, nous t'apprendrons.
Rien n'est plus beau qu'un rêve qui se réalise. Ils partirent tous
les trois vers la mer et Nénette rêvait qu'un jour quelqu'un raconterait
leur histoire.
Bientôt on ne les vit plus, seul le vent rapporta leur chanson :
Trucha-dia, Kiki, Coco, Gougou
On ira voir la mer, vieille Trucha, on ira voir la mer !
Ce cher Gougou si fou si doux et sa Nénette guillerette
Drôle de pigeon Coco là-haut et son ami Kiki
On ira voir la mer, vieille Trucha, on ira voir la mer !
Trucha-cha, Kiki, Coco, Gougou
On ira voir la mer, vieux Gougou, on ira voir la mer !
Merci beaucoup les amis, merci, merci beaucoup !
Jamais on ne revit Trucha Gris. Seuls revinrent un jour Gougou
et Nénette. Le lac d'Aparzo et les montagnes rouges leur manquaient.
Kiki le Condor et Coco le Pigeon les attendaient, là-haut,
tout là-haut dans les nuages.
-Et ce petit reflet d'argent que Dolorès a vu tout à l'heure,
papa ? »
Trucha Gris avant de disparaître avait pondu et laissé une nombreuse
descendance.
Le conteur de la Quebrada d'Humahuaca saute de joie. Il fait
voler son poncho et salue le Rio Azul. Les truites habitent les eaux
claires du Rio Azul.
Pablo et Dolorès rient de voir leur père danser sur les pierres de
la rivière. Il est fou de bonheur et tous les enfants d'Humahuaca
iennent les rejoindre, pour écouter indéfiniment le conteur de la
Quebrada d'Humahuaca.
Mes chers amis, si un soir vous le rencontrez, ne lui dites pas
que vous connaissez ses histoires. Il m'en voudrait beaucoup. Je
compte sur vous.



Nous faisons écouter des comptines à nos filles, c'est une façon d'appréhender le pays, sa culture et de s'approprier la langue.

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